Arcelormittal, le chaos apres le chaos - PhMuseum

Arcelormittal, le chaos apres le chaos

Thomas Freteur

2016

Wallonia, Belgium

Je ne veux pas voir ça », ce sont les derniers mots de Robert (le prénom a été changé à sa demande)lors de notre dernière rencontre au printemps 2013. Après plus de 20 ans à travailler pour ArcelorMittal, sa pire angoisse était d’assister au démantèlement du haut fourneau liégeois, son lieu de travail, sa passion. Triste ironie, après la signature des accords entre la Région, les syndicats et le groupe sidérurgique, il est transféré pour son dernier contrat dans... la cellule démantèlement du HF6. Il sera au chômage en octobre 2016. Il a 51 ans. « Absurdités, injustices et mensonges » : son bilan personnel est sans appel. Il n’est pas le seul. Juin 2014, la cokerie ferme à son tour. Plus de chaud, un peu de froid, le bassin liégeois n’a plus le choix : il faut « tourner la page », comme le dit si bien le ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt. « C’est pas son livre, c’est le nôtre », réplique Robert. Une chose est sûre : quand il a fallu signer les accords pour le plan social et industriel, les métallos n’ont pas eu leur mot à dire. Signés en leur nom par leurs représentants syndicaux, ils ont dû accepter sans broncher.

Que faire pour « sauver » 1 300 personnes menacées de perdre leurs emplois ? Faire appel à la «créativité », bien sûr ! C’est ainsi qu’est pondu le plan social le plus incompréhensible du monde. Pour éviter d’avoir un millier de chômeurs en plus (ou, du moins, retarder leur inscription à l’ONEM), on crée des structures innovantes : le groupement d’employeurs Udil.ge et une nouvelle filiale, Arjemo. Le premier se divise en deux cellules, dont la cellule compétence : les mecs sont virés de chez ArcelorMittal, puis ré-engagés pour un CDD de deux ans pour faire des formations CV et lettre de motivation ou de l’interim chez, par exemple, ArcelorMittal. C’est bon pour le moral. Et la cellule dé-mantèlement : les mecs conservent leur CDI et démantèlent l’outil sur lequel ils ont travaillé pendant des décennies. C’est bon pour le moral. Pour cette dernière, le top, c’est que les syndicats ont gonflé le chiffre nécessaire. Au lieu de 75 prévus, seuls 5 travaillent effectivement.

Pour Arjemo, société d’emballage de bobines, on vous la fait courte : des anciens d’ArcelorMittal se retrouvent souspayés alors qu’ils sont sur-compétents, sont quasi tous au bord de la dépression,ou déjà tombés dedans. Abandonnés, isolés, dépressions, suicides... Les métallos sont coincés dans un délire créatif qui continue de les achever. Il reste 1 300 salariés chez ArcelorMittal aujourd’hui, pas à l’abri d’un nouveau plan social. Côté chômage, 20 % de moyenne pour le bassin: la sidérurgie ne semble plus capable de relancer l’économie wallonne. Alors, que faire de ces sites et de ces outils abandonnés? La créativité wallonne peut elle à nouveau faire opérer sa magie ?

Texte de Delphine Bauer et Hélène Molinari

Photos de Thomas Freteur / Out of focus

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